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Arménie, les lettres et les maux

01.05.2011

Le pays hôte du Salon du livre tente d’oublier un passé douloureux en cultivant son patrimoine

Tassé derrière le volant de sa vielle Lada, réminiscence des années soviétiques, le corpulent gaillard à la moustache blanche bredouille des mots d’excuses en russe. Cet ancien membre des services secrets, reconverti en chauffeur de taxi depuis l’indépendance de l’Arménie en 1991, ne connaît pas l’adresse qu’on lui indique. Une balade hasardeuse mais poétique commence dans les avenues figées dans le temps d’Erevan, où les enseignes des échoppes clignotent tantôt en cyrillique, tantôt dans cet alphabet arménien si riche d’histoire. Au marché, après avoir sympathisé avec un vendeur de basterma (viande de bœuf aillée et séchée à l’aire), on dégustera dans sa cave une vodka aux abricots…

Maintes fois vaincu, chassé, le citoyen arménien, quelle que soit sa condition sociale, se targue de son héritage religieux et culturel. Avec un accent toujours porté sur l’alphabet, considéré encore de nos jours comme sacré. «Chaque lettre, expliquera plus tard un guide, est considérée comme un soldat qui s’est battu pour préserver l’âme de la culture arménienne au fil des siècles.». Alain Navarra : « Réunissez trois Arméniens n’importe où, ils construiront une église et une imprimerie!»


Musée à ciel ouvert
Cette tradition de l’écrit a permis aux témoignages de traverser les siècles. Car l’Arménie fut, - est encore – un lieu de passage, de batailles, de pillages, d’incendies et de séismes. Carrefour stratégique entre l’Europe et l’Asie, elle fut le premier Etat à se convertir, dès 301 après JC, au christianisme. Musée à ciel ouvert, le pays regorge d’églises et de monastères, qui furent parfois transformés en universités, comme à Gladzor ou à Tatev, un monastère flanqué sur une montagne que l’on rejoint par un téléphérique (suisse !). Ces lieux saints hébergeaient des copistes qui ont consacré leur vie à reproduire et traduire des textes bibliques, mais aussi philosophiques ou scientifiques. Ce patrimoine unique, composé de manuscrits et d’enluminures, se découvre au Musée Matenadaran d’Erevan et permet de mettre en lumière des œuvres étrangères dont seules les traductions en arménien on survécu.

La cathédrale d’Etschmiadzine
À 20 km d’Erevan, la cathédrale d’Etschmiadzine – première capitale de l’Arménie, entre 163 et 428 de notre ère –sert de siège aux catholocos de l’Eglise apostolique arménienne. Construite sur les ruines du plus ancien temple chrétien (301-303), elle contient, jalousement préservée derrière une porte blindée qu’un moine ouvrira seulement sur demande, les lettre de l’alphabet en or et pierre précieuses conçues en 1976. Cette donation de la diaspora arménienne rend hommage à saint Mesrop Machtots qui, en créant des écoles, mais surtout l’alphabet arménien, en 405, sauva non seulement la langue, mais aussi la culture du pays.

Le Musée Sergueï Paradjanov
Le Mosée Sergueï Paradjanov, fondé en 1991, rend hommage au réalisateur de « La couleur de la grenade » et « Les chevaux du feu », qui fut également dessinateur, colleur et musicien. De son vrai nom Sarkis Paradjanian, l’artiste est né en Géorgie en 1924 de parents arméniens, et décédé en 1990. Dans ce musée, un bouquet d’iris fait de tessons de bouteilles de soda côtoie une lettre de Fellini encadrée dans laquelle ce dernier, surpris, remercie l’artiste pour son cadeau : une paire de chaussettes. Emprisonné et interdit de cinéma, Sergueï Paradjanov a revisité son quotidien avec humour. Un signe de résistance.
www.parajanovmuseum.am


12e capitale du pays
De conquêtes en invasions, nombreuses on tété les capitales érigées puis détruites tandis que les frontières arméniennes se redessinent sans cesse. Des poètes et écrivains contemporains pleurent encore le souvenir de la Grande Arménie. Ne s’étendait-elle pas jadis de la Méditerranée à la mer Caspienne ? Aujourd’hui, les cimes enneigées du mont Ararat qui sert d’arrière plan à l’actuelle – et 12ème – capitale du pays symbolisent ces terres perdues : la frontière turque sépare le volcan sacré, qui aurait abrité l’arche de Noé, de l’Arénie moderne. La contrée enclavée entre des montagnes, ne s’étend plus aujourd’hui que sur 29 800 km2 (41280 pour la Suisse).

Vu la petite taille du pays et la quasi inexistence d’infrastructures hôtelières, certains sites historiques se visitent en une journée depuis Erevan. L’occasion de traverser sur la route des paysages à la beauté aride, à couper le souffle. Un des attraits d’un voyage en Arménie.

« Depuis son indépendance en 1991, le pays a souffert d’une guerre, d’un tremblement de terre, de la fermeture de ses frontières et d’un manque d’électricité qui a duré presque quatre ans. Et malgré cela, la culture se porte bien ! » Hasmik Poghosyan, ministre de la Culture, se veut confiante. Environ 2000 œuvres sont publiées chaque année et les cafés, clubs et revues servent de plateformes entre auteurs étrangers et locaux. Aujourd’hui, la numérisation de livres anciens et modernes ainsi que leur transmission via internet s’tendent dans les campagnes, mais aussi auprès des 2 millions d’Arméniens dispersés dans le monde (contre 3 millions dans le pays). C’est pour récompenser ce programme de développement littéraire que l’UNESCO a déclaré Erevan capitale mondiale du livre en 2012. Une bonne « excuse » pour découvrir ce pays.

Sur place: l’agence de voyages ARATOURS Travel Services organise des voyages à la carte www.aratours.ch
24heures
Eileen Hofer, de retour d’Arménie




 
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